Exposition, Une vie, une oeuvre

Paula Modersohn-Becker, précurseur oubliée de l’art moderne

Paula Modersohn Becker
Paula Modersohn-Becker, Portrait de jeune fille, les doigts écartés devant la poitrine, vers 1905. Coll. Von der Heydt-Museum, Wuppertal

 

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

C’est ainsi que l’écrivaine Marie Darrieusecq décrit l’artiste allemande Paula Modersohn-Becker, dans sa biographie Être ici est une splendeur. Vie de Paula Modersohn-Becker (1).

Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente la première monographie en France de cette artiste qui bien que méconnue du public français, est très populaire en Allemagne et est aujourd’hui considérée comme une figure majeure de l’art moderne.

Marie Darrieusecq a donc tenté de réparer cette injustice :

« Plus j’ai découvert son œuvre, plus je me suis dit que c’était insupportable qu’elle ne soit pas connue ici. Plus je l’aimais, plus je voulais la montrer, tout simplement. »

Résolument moderne et en avance sur son temps, la peintre fait preuve d’une esthétique personnelle audacieuse. Si les thèmes abordés sont caractéristiques de son époque (autoportraits, mère et enfant, paysages, natures mortes…), sa manière de les traiter est novatrice. Ses tableaux se démarquent par une force d’expression dans la couleur, une grande sensibilité et une grande capacité à saisir l’essence de ses modèles. Malgré sa courte carrière artistique réduite seulement à une dizaine d’années, l’artiste nous transmet une œuvre extrêmement riche que l’exposition retrace à travers 130 peintures et dessins dans un parcours chronologique et thématique. Un parcours unique et sensible.

 

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L’artiste Paula Modersohn-Becker

Après une formation à Berlin, elle rejoint, en 1898, la communauté artistique de Worpswede, dans le nord de l’Allemagne, où elle rencontre son futur époux, Otto Modersohn, également peintre.

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Autoportrait au sixième anniversaire de mariage, 25 mai 1906. Musée Paula Modersohn-Becker Brême

Paula Modersohn-Becker s’affirme en tant que femme dans de nombreux autoportraits, se peignant dans l’intimité, sans aucune complaisance. Cet autoportrait, où elle se dépeint enceinte, est chargé d’une certaine ironie tragique, puisqu’elle mourra à l’âge de 31 ans après avoir donné naissance à son premier enfant. Il s’agit d’une fiction totale puisque l’artiste n’est alors pas enceinte… Cette femme était prise dans des tensions entre la créativité et la vie que l’on demandait des femmes à  cette époque. Elle s’est enfuie plusieurs fois à Paris. Fascinée par les avant-gardes du début du XXe siècle, elle y effectue quatre longs séjours qui représentent pour elle une véritable libération esthétique. Elle y voit des Cézanne, des Matisse, des Gauguin, des Douanier Rousseau… Ces influences seront essentielles dans son oeuvre.

Une œuvre très courte donc, mais très intense. Elle n’a aucune reconnaissante artistique de son vivant – elle ne vendra que trois toiles de son vivant (2) – son mari très tôt, ne comprend pas du tout ce qu’elle fait. Il n’y a qu’à Paris qu’elle pourra avoir des cours de nus, à Montparnasse, le seul endroit à l’époque où les femmes pouvaient apprendre l’anatomie. Elle y trouve une liberté qu’elle n’avait pas connue en Allemagne.

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Mère allongée avec un enfant II, été 1906. Coll. musée Paula Modersohn-Becker, Brême

Cette toile montre un allaitement, un endormissement après l’allaitement dans une position très simple et confortable pas forcément enseignée dans les maternités, c’est une représentation inédite pour son année de création : 1906.

Plusieurs peintures jugées trop avant-gardistes seront présentées dans l’exposition d’ « art dégénéré » organisée par les Nazis à Munich en 1937. Sa représentation du corps féminin était non conforme aux codes. C’est probablement la première femme à s’être peinte nue, car les modèles étaient chers, tout simplement, cela donne une représentation du corps féminin très directe, dénudée aussi du regard masculin sur le corps féminin. Lorsque Paula visite le Louvre, il n’y a que quatre femmes exposantes dont Vigée Lebrun, et des centaines de femmes exposées nues. Elle se représente, ni sacralisée, ni madone, ni odalisque. Elle n’exposera qu’à deux reprises, et c’est un échec… Les critiques ont la nausée devant ses tableaux ! Elle peint seule, elle expérimente, avec une grande liberté.

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Autoportrait à la branche de camélia, 1906/1907. Musée Wolfgang, Essen.

 

« C’est la douce vibration des choses que je dois apprendre à exprimer, le crépitement en soi, de façon générale, avec l’observation la plus intime, viser la plus grande simplicité. » Paula Modersohn-Becker

C’est seulement après sa mort, en 1907, que l’on a découvert qu’elle a laissé une œuvre considérable. Au total, plus d’un millier de tableaux et dessins – il reste environ 730 toiles, un certain nombre ayant disparu pendant la guerre.

Notons qu’en Allemagne, Paula Modersohn-Becker est la première femme à avoir eu son musée. Il a ouvert en 1927 à Brême grâce à un mécène, Ludwig Roselius. (3)

 

 

(1) Editions P.O.L., 2016. L’écrivaine porte un regard littéraire sur le travail de l’artiste en collaborant à l’exposition et au catalogue.

(2) A des amis qui voulaient la dépanner, dont le tableau représentant un nourrisson que son ami Rilke lui achètera.

(3) La collection du musée a été enrichie par l’héritage de la Fondation Paula Modersohn-Becker, créée par la fille de l’artiste, Mathilde. L’ensemble a été racheté par la ville de Brême et la République fédérale en 1988, puis restauré et agrandi en 1994. Musée Paula Modersohn-Becker, Böttcherstrasse 6-10, 28195 Brême. Site du musée

 

 

 

 

Paula Modersohn-Becker, l’intensité d’un regard

8 avril – 21 août 2016

Exposition au Musée d’Art moderne de la ville de Paris

11, avenue du Président Wilson 75116 Paris

www.mam.paris.fr

Tarifs : Plein tarif 10 € / Tarif réduit 7€ / Gratuit pour les moins de 18 ans

Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 22h.

Attention, les photos ne sont pas autorisées dans l’exposition.

Application mobile : Vous pouvez visiter l’exposition accompagnée par l’écrivaine Marie Darrieusecq, application à télécharger sur Play Store et Apple Store (gratuit).

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