Arrêt sur image

– FALCONET, FRAGONARD ET L’AMOUR DISCRET –

Falconet Ange 2
Etienne Maurice Falconet (1716-1791), L’Amour menaçant, marbre, musée du Louvre.

 

Cette statue, exposée au Musée du Louvre, a été réalisée par le sculpteur français Etienne Maurice FALCONET (1716 – 1791). En prise avec l’univers amoureux, cette oeuvre est très représentative de l’époque du peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806).

Commandée par la marquise de Pompadour, elle fut exposée au Salon de 1757, où le succès fut au rendez-vous. Elle orna les jardins de l’hôtel d’Évreux, futur palais de l’Élysée, demeure parisienne de la marquise.

Grâce à son Milon de Crotone, Falconet est nommé membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1754. Les diverses sculptures qu’il expose aux Salons de 1755 et 1757 en font le sculpteur le plus en vue de l’époque. Artiste très fin, intelligent, il est également un théorien, et fut l’un des collaborateurs de l’Encyclopédie: Diderot lui confie la rédaction de l’article « Sculpture« . Tout cela se voit dans la réalisation de cette œuvre puisqu’il s’agit d’un petit Amour à la fois espiègle, menaçant et discret, d’où son titre, « L’Amour menaçant ». L’Amour est assis sur un petit monticule, il dissimule son carquois, il est prêt à titrer une flèche ; alors qu’il fait le signe du silence, en pointant son doigt devant ses lèvres. En cela, il s’agit de la Divinité tutélaire des libertins puisqu’une des grandes idées du libertinage est d’avoir une stratégie, une manière d’aborder l’amour, une sorte de plan de bataille ; et en même temps, il s’agissait de le faire avec beaucoup de discrétion.

Falconet Ange 1
Détail de l’oeuvre précédente

 

fragonard les hasards heureux de l'escarpolette

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767-1769, huile sur toile, 81 x 64 cm. Wallace Collection, Londres.

 

fragonard détail statue
Fragonard, Les Hasards heureux de l’escarpolette, détail

L’idée de reproduire cette sculpture dans un tableau, ce que Fragonard va faire plusieurs fois, notamment dans son célèbre tableau Les Hasards heureux de l’escarpolette, il la doit à son confrère Pierre-Antoine Baudouin (1723-1769), très grand dessinateur et miniaturiste du XVIIIème s., qui s’est fait une spécialité de la représentation de scènes de la vie libertine. Dans les années 1765-1766, Baudouin réalise une gouache, intitulée La Nuit, qui représente un marquis et une marquise sur le point de consommer leur amour dans un jardin au pied de cette statue. Cette dernière a un effet de réel : elle évoque véritablement le quotidien de l’élite sociale de l’époque de Fragonard ; elle a également un effet symbolique très fort, car on sait qu’elle représente l’Amour, que pratiquent les libertins.

 

baudouin
Pierre-Antoine Baudouin, La Nuit, Metropolitan Museum of Art.

L’Amour menaçant de Falconet serait-il en quelque sorte un mode d’autoportrait de Fragonard ? A la fois, l’artiste se désigne, il désigne la feinte, mais n’en donne pas le sens complètement, afin que nous restions dans le jeu. Il est l’artiste du Verrou (Musée du Louvre), nous avons la clef, mais qui ne va pas forcément avec la bonne serrure ! En cela, c’est un artiste extrêmement stimulant, c’est un des aspects qui ont fait le génie : un savoir-faire, une technique, une poésie extraordinaire, mais il y a aussi un jeu avec le sens de ces images, indéfiniment délectables… Nous serons toujours prêts du sens, mais jamais complètement à l’approche du sens, car il se dérobe.

 

fragonard le verrou
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, vers 1777, Paris, musée du Louvre.

 

 

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